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 LA PROTECTION DES CHAUVES-SOURIS : SES ENJEUX ÉCOLOGIQUES

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Apo
Kipik
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MessageSujet: LA PROTECTION DES CHAUVES-SOURIS : SES ENJEUX ÉCOLOGIQUES   23/1/2010, 15:36

LA PROTECTION DES CHAUVES-SOURIS :
SES ENJEUX ÉCOLOGIQUES ET SANITAIRES



INTRODUCTION


Le monde rural se doit de participer au maintien de l’équilibre des écosystèmes qui peuvent contribuer à sa prospérité. Il dispose d’alliés au sein de la nature qu’il est important de préserver et dont une meilleure connaissance permettrait une meilleure collaboration.
Mais d’un point de vue plus large, il s’agit également de se préoccuper de la sauvegarde de nos espèces animales sauvages au sein de notre environnement, sachant que chacune a un rôle spécifique à jouer dans l’équilibre fragile de notre planète.
La chauve-souris fait partie de ces auxiliaires mal connus et menacés qui travaillent dans l’ombre crépusculaire, alors que sa pérennité se présenterait comme un gage d’une bonne santé écologique.
Malgré un passé plutôt sombre où les superstitions et les croyances humaines la bannissaient, tel un «oiseau» de mauvais augure, elle semble avoir actuellement « meilleure presse », mais son avenir encore incertain dépendra de l’efficacité de sa protection.
Outre les inquiétudes pour sa survie, une mise en garde sanitaire est venue brouiller ces dernières années sa réhabilitation auprès du grand public, en laissant planer la menace d’alimenter la zoonose la plus redoutée, à savoir la rage, et la crainte d’être à l’origine de virus émergents sur l’Ancien comme le Nouveau Monde…
Qu’en est-il réellement de ce risque sanitaire? La vigilance s’impose et une veille sanitaire s’organise alors avec la collaboration des chiroptérologues et des spécialistes médicaux et vétérinaires.
Quels sont ensuite les moyens de prévention et de lutte dont on dispose, afin de ne pas mettre en péril les enjeux écologiques des mesures de sa protection ? Autant de questions qui seront soulevées dans le cadre de ce mémoire, après avoir d’abord fait plus ample connaissance avec les chiroptères, en particulier les espèces européennes, et leur mode de vie extrêmement élaboré mais également très vulnérable.

1 GÉNÉRALITÉS SUR LES CHIROPTÈRES

Les chauves-souris forment, dans la classe des mammifères, l’ordre des chiroptères qui se caractérisent par des membres antérieurs allongés en ailes (cheiros: main; pteros: aile).
Dans le monde, avec ses 95O espèces environ, l’ordre des chiroptères occupe la deuxième place après les rongeurs, parmi les 5000 espèces de mammifères. Par contre en nombre d’individus, les chauves-souris prennent la première place, représentant à elles-seules le quart du nombre de mammifères.

L’ordre des chiroptères comprend deux sous-ordres :

- Les méga chiroptères, au nombre de 173 espèces, sont de grande taille (jusqu’à 170 cm d’envergure), vivant dans les régions tropicales et sub-tropicales, au régime alimentaire exclusivement végétarien. Les roussettes ou renards volants sont les plus connues du grand public.

- Les micro chiroptères, avec 759 espèces, sont de petite taille (45 cm d’envergure maximum), et colonisent le Nouveau et l’Ancien monde (dont une trentaine en Europe). La majorité des chiroptères est insectivore, ce qui est le cas de nos chauves souris d’Europe. Mais quelques espèces ont des régimes alimentaires plus originaux; c’est le cas des chauves-souris hématophages comme les vampires ou des chauves souris piscivores qui ne se nourrissent que de poissons.


1.1 Particularités anatomiques


Bien que les chauves-souris aient eu pour ancêtres, des mammifères quadrupèdes, ce qui explique que leurs ailes représentent un caractère acquis secondairement, et qu’elles peuvent, quand c’est nécessaire, se déplacer au sol «à quatre pattes», des découvertes de fossiles découverts en Allemagne ont prouvé que leur morphologie actuelle n’a pas changé depuis 50 millions d’années. Les chauves-souris constituent donc un ordre de mammifères très ancien et très spécialisé.
Bien que les deux sous-ordres se côtoient sur une partie de leur aire de distribution, la plupart des spécialistes s’accordent aujourd’hui sur le fait que deux lignées parallèles de mammifères auraient évolué indépendamment pour conduire à ces deux sous-ordres. Les méga chiroptères seraient les plus proches des primates et des hommes.
D’autre part, l’évolution biologique animale étant toujours conditionnée par son adaptation à son environnement pour survivre, l’ordre des chiroptères illustre bien par sa diversité d’espèces son extraordinaire palette alimentaire: Insectes, fruits, feuilles, nectar, pollen, poissons, sang, autres vertébrés. Leurs morphologies et leurs comportements sont ainsi aussi variés que les ressources de nourritures qu’elles exploitent.


1.1.1 Les méga chiroptères


Ils ne comptent aujourd’hui qu’une seule famille, les Ptérotodidés, qui regroupe 42 genres et 173 espèces.
Ces chauves-souris qui sont toutes végétariennes, sont caractérisées par leurs gros yeux, leur museau de renard et la présence régulière d’une deuxième griffe en plus de celle du pouce, sur le troisième doigt de la main, facilitant la préhension.
Leurs grands yeux laissent supposer une vue très développée. De plus, les méga chiroptères ont une vision colorée de leur environnement, caractéristique qui pourrait être une adaptation à leur habitude de s’installer de jour dans les branches des grands arbres, parfois en pleine lumière.
Les chauves-souris frugivores, qui sont capables de manger l’équivalent de leur propre poids en fruits tropicaux en une nuit, s’orientent à l’aube et au crépuscule (à l’abri de toute autre concurrence), grâce à ces grands yeux, capables de profiter des moindres lueurs. Dans l’obscurité complète, elles sont réduites à flairer et à toucher les fruits pour se nourrir, avec habileté. Certaines espèces comme les roussettes, émettent des claquements de langue qui leur permettent, grâce aux échos produits, de se diriger par les nuits les plus sombres. Les fruits peuvent être décortiqués sur place ou si leur taille le permet, peuvent être consommés en plein vol, et l’on peut retrouver ainsi des débris, pépins ou noyaux dans un rayon de plusieurs kilomètres, par rapport au lieu de la cueillette.
La plupart des chauves-souris végétariennes se nourrissent en fait indifféremment de fruits ou de nectar, parfois même de feuilles, quoique que cette pratique ne constitue jamais plus qu’un apport nutritionnel. A noter que l’Hypsignate monstrueux d’Afrique Centrale, se nourrissant principalement de jus de fruits tropicaux, peut à l’occasion consommer des charognes ou de petits oiseaux.
5% des espèces de chauves-souris sont exclusivement pollinivores et nectarivores et se répartissent entre les deux tropiques. Elles sont merveilleusement adaptées aux fleurs qu’elles visitent, et inversement. En effet, certaines fleurs ne s’ouvrent que la nuit et laissent alors diffuser leur parfum, véritable signal sensoriel pour ces chauves-souris dotées d’un odorat très développé. Certaines plantes vont jusqu’à mimer l’odeur du chiroptère pour mieux l’attirer. La morphologie faciale de ces animaux s’est donc parfaitement adaptée à leur spécialisation: Leurs muscles masticateurs et leurs mâchoires sont atrophiés, leur nez est souvent long et pointu, doté d’excroissances qui s’imbriquent parfaitement dans les fleurs-hôtes, comme une clé dans une serrure. Leur langue est particulièrement longue et râpeuse et pompe par des mouvements rapides, le pollen et le nectar.
Ces quelques particularités anatomiques illustrent bien la parfaite adéquation entre les chiroptères végétariens et leur environnement, les deux ayant leur survie étroitement liée. Mais cette complicité écologique sera abordée ultérieurement en développant le rôle bénéfique des chiroptères pour l’écosystème via son mode alimentaire.


1.1.2 Les microchiroptères


Les micro chiroptères sont les plus nombreux. Ils sont représentés par 759 espèces, regroupées en 16 grandes familles selon leurs particularités anatomiques.
Certains ont une répartition cosmopolite comme la famille des Vespertilionidés, qui est la plus grande, en comptant près de 300 espèces.
D’autres ont des aires de distribution beaucoup plus réduites, comme les Mystacinidés que l’on ne trouve qu’en Nouvelle-Zélande, ou encore les Mysopodidés sur l’île de Madagascar.
La majorité des microchiroptères est insectivore, et cela concerne en particulier tous ceux vivant au nord du 38e parallèle nord et au sud du 40e sud, donc plutôt les régions tempérées et froides. Cependant, les espèces insectivores sont présentes dans la plupart, si ce n’est toutes les régions du globe.
Comme leurs congénères végétariennes, leur morphologie et leur anatomie se sont perfectionnées en fonction de leurs mode de vie et régime alimentaire.
La tête de la chauve-souris a différentes formes et différents aspects. Les yeux sont la plupart du temps petits, bien qu’elles ne soient pas aveugles. Le museau marqué et la nuque renflée caractérisent l’ «insectivore».Chez les chauves-souris qui préfèrent les grosses proies, telles que les Noctules et la Sérotine commune, le museau est un peu plus petit, la tête large est pourvue de puissants muscles cervicaux. Pour broyer la dure carapace de chitine de leurs victimes, il est important d’avoir des mâchoires et des muscles masticateurs robustes. Chez les chauves-souris plus petites qui chassent des insectes plus tendres, le museau est un peu plus long et plat, les muscles plus faibles.
Le nombre de dents varie de 32 à 38 selon le genre du chiroptère. Les puissantes canines servent à saisir la proie, les molaires tuberculées à la broyer.
Pour leur chasse nocturne et effrénée, elles disposent d’atouts majeurs que sont la rapidité et l’agilité, lors de leur vol.
Le signe caractéristique de toutes les chauves-souris qui les distingue nettement des autres mammifères est, sans aucun doute, la présence de membres supérieurs transformés en parfait instrument de vol. Les os des avant-bras et des doigts longs et fins, sont recouverts d’une membrane alaire, appelée patagium, qui part des flancs et qui est tendue entre les doigts et les pattes postérieures jusqu’à la queue. La forme des ailes détermine le type de vol, et les battements seront plus ou moins amples et puissants. Les chauves-souris aux ailes longues et étroites ont un vol puissant comme la Noctule et le Molosse qui peuvent atteindre 60 km/h. A l’autre extrême, les rhinolophes aux ailes courtes et larges sont des explorateurs au vol lent. En plus du vol battu, certaines chauves-souris utilisent le vol sur place. C’est cette technique qui permet par exemple à l’oreillard de repérer et de capturer un papillon sur un mur.
L’aile de la chauve-souris, véritable organe vivant (constitué de tissu conjonctif et de fibres extensibles, et richement innervé et vascularisé), assume d’autres fonctions que le vol: Certaines espèces se servent aussi de leur membrane pour attraper leur proie, soit comme une épuisette, soit en l’envoyant comme avec une raquette vers leur tête pour les attraper ensuite avec leur gueule.
Les ailes participent aussi à la thermorégulation. Les chauves-souris ne pouvant transpirer, la chaleur produite en volant augmente considérablement la température de leur corps. Par une vasodilatation des vaisseaux sanguins qui parcourent les ailes, l’excédent de chaleur peut ainsi être éliminé. La riche vascularisation permet d’autre part un apport d’oxygène suffisant, lors des longs vols qui consomment beaucoup d’énergie. Les chauves-souris ont un coeur très développé pour pouvoir apporter plus de sang aux muscles pendant le vol.
Quand elle ne vole pas, la chauve-souris se comporte comme un authentique quadrupède, à terre, sur une paroi ou dans l’enchevêtrement de poutres. Elle se déplace, en rampant, ailes repliées, en prenant appui sur la callosité de ses poignets ou sur la plante de ses pattes postérieures.

Les chauves-souris peuvent aussi décoller facilement du sol, en se propulsant verticalement de leurs membres écartés.
L’autre particularité des chauves-souris est de pouvoir se diriger dans l’obscurité sans heurt et détecter leurs proies avec une grande rapidité et une incroyable précision, et ceci grâce à l’écholocation: Elles produisent en effet des ultra-sons ( entre 20 et 110 kHz ) avec leur larynx, qu’elles émettent par le nez ou par la bouche et peuvent dans le même temps en capter l’écho,( qui leur revient aux oreilles avec une faible intensité), et distinguer ainsi une proie d’un obstacle. Elles changent en effet constamment la fréquence de leur émission et le nombre d’impulsions selon qu’il s’agit de repérage de l’environnement, ou d’une détection de proie. Elles sont ainsi capables, à l’aide de leur sondeur, de se faire une «image sonore» de leur environnement et de la stocker dans leur mémoire, comme les humains mémorisent des «images visuelles».
Les différents modes et milieux de chasse des espèces de chauves-souris expliquent la grande diversité des signaux: le cri d’une Noctule commune volant à 70 mètres au dessus d’une forêt à une vitesse de 50 km/h environ doit lui permettre de repérer les obstacles et les proies de très loin. Au contraire, le cri d’un oreillard picorant les chenilles posées sur les feuilles d’un tilleul doit lui permettre de balayer très finement la texture des feuilles afin d’y repérer les insectes qui s’y trouvent.
Outre les cris de chasse, les chauves-souris émettent également des cris sociaux, utilisés pour communiquer entre elles. En général, il s’agit de cris à des fréquences assez basses. Ils ont ainsi une plus grande portée et sont très modulés, véhiculant beaucoup d’informations.


Dernière édition par Apo le 11/9/2010, 23:47, édité 3 fois
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MessageSujet: 2   23/1/2010, 15:49

En Europe, la faune des chiroptères comprend 30 espèces, appartenant à 3 familles:

- la famille des Vespertilonidés ou vespertilions:

chaque chauve-souris se distingue par la présence d’un oreillon, le tragus, situé devant le pavillon de l’oreille. La forme de cet oreillon permet de différencier les genres, qui sont au nombre de 9 pour les vespertilonidés:

Myotis, Pipistrellus, Nyctalus, Epsesicus ,Vespertilio, Barbastella, Plecotus, Miniopterus, Hypsugo.

On dénombre 24 espèces:

Vespertlion de Daubenton - Vespertilion de Natterer - Vespertilion de Capaccini - Vespertilion de Bechstein - Vespertilion des marais - Grand murin - Vespertilion de Brandt - Petit murin - Vespertilion à moustaches - Noctule - Vespertilion à oreilles échancrées - Noctule de Leisler - Grande Noctule - Sérotine commune - Pipistrelle de Savi - Sérotine boréale - Oreillard roux - Sérotine bicolore - Oreillard gris - Pipistrelle commune - Barbastrelle - Pipistrelle de Nathusius - Minioptère - Pipistrelle de Kuhl

- La famille des Rhinolophidés ou Rhinolophes:

Cette famille est caractérisée par la présence d’une feuille nasale en forme de fer à cheval, qui participe à l’émission d’ultrasons par le nez, alors que dans les autres familles, celle-ci se fait par la gueule.

Cette famille ne comprend qu’un seul genre, Rhinolophus, et 5 espèces:

Petit rhinolophe - Grand rhinolophe - Rhinolophe euryale - Rhinolophe de Blasius - Rhinolophe de Mehely

- La famille des mollossidés:

Son signe distinctif est sa longue queue qui dépasse la longueur des pattes arrières. Cette famille a la particularité de n’être représentée que par un seul genre et une seule espèce en Europe: le Molosse de Cestoni

Cette chauve-souris est strictement méditerranéenne, et n’est présente en France que dans le midi et la vallée du Rhône.

En France, l’espèce la plus fréquente est représentée par la pipistrelle commune, qui à elle seule, représenterait près des 2/3 des chauves-souris vivant en France, et que l’on estime à plusieurs dizaines de millions d’individu.
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MessageSujet: 3   23/1/2010, 16:03

1.2 Particularités biologiques des microchiroptères

Cette approche permise par l’étude approfondie réalisée par les biologistes et naturalistes, est préalablement nécessaire pour mieux comprendre les mesures de protection et donc les précautions, vis à vis des chiroptères.

1.2.1 L’hibernation


Avec l’automne, les chauves-souris, préparent leur survie pour l’hiver. Elles se gavent d’insectes, grossissent, accumulant grâce à cette nourriture des réserves de graisses. Elles prennent jusqu’à un tiers de leur poids total sous forme de tissu graisseux brun, et devront vivre de ces réserves durant tout l’hiver. La période d’hibernation s’étend de décembre à mars.

Les gîtes d’hivernage

Lorsque la température extérieure descend au dessous de 10°C, les chauves-souris cessent progressivement leur activités extérieures et gagnent petit à petit leurs gîtes hivernaux: plafonds, parois et fissures de grottes, trous d’arbres, caves…
Les rhinolophes s’enveloppent de leurs ailes et pendent librement au plafond des grottes; les pipistrelles se glissent dans les fissures pour être en contact étroit avec la pierre qui les enveloppe; les oreillards s’accrochent aux parois des grottes et les noctules se regroupent en essaim compact dans les trous d’arbres.

Ces milieux doivent être frais et humides pour éviter le dessèchement des membranes alaires.

La température ambiante constante (située entre 5 et 11°C), l’humidité de l’air très élevée comprise entre 80 et 100%, l’absence de lumière et de dérangement et surtout la tranquillité absolue forment les caractéristiques écologiques de ces gîtes d’hibernation.

L’entrée en hibernation

Les chauves-souris ont la particularité d’être hétérothermes, alors que la majorité des oiseaux et des mammifères sont homéothermes. Cette hétérothermie leur permet à la fois de maintenir constante leur température corporelle quand la température ambiante se refroidit, mais aussi d’abandonner provisoirement l’état homéotherme, pour économiser leur énergie.
Le métabolisme des chauves-souris en hibernation descend ainsi à un niveau minimal. Les rythmes cardiaque et respiratoire ralentissent: Par exemple, le nombre de battements cardiaques par minute passe de 400 à l’état de veille, à15 ou 20; la respiration devient irrégulière, avec des pauses respiratoires allant jusqu’à 90 minutes. La température interne s’abaisse considérablement, jusqu’à se maintenir en général à 1 ou 2°C au-dessus de la température ambiante. Le ralentissement de toutes les fonctions vitales économise une grande quantité d’énergie. Les chauves-souris peuvent également réduire les pertes énergétiques en se serrant les unes contre les autres, par une sorte de thermorégulation sociale.

Le réveil et ses répercussions métaboliques


Quand une chauve-souris en hibernation se réveille spontanément ou est réveillée par certaines excitations, les fonctions vitales s’accélèrent aussitôt en quelques secondes, les graisses sont alors brûlées intensément pour réchauffer le corps. Un peu plus tard les muscles se mettent à trembler (frissons) pour suppléer à la production de chaleur. Le métabolisme
augmente considérablement et la température corporelle monte rapidement. A peu près la moitié de la chaleur nécessaire au réveil est apportée par le tissu graisseux brun.

Les chauves-souris ont besoin de 60 à 90 minutes pour sortir complètement de leur léthargie.

Elles consomment environ deux tiers de l’énergie emmagasinée dans la graisse brune pour se réveiller plusieurs fois pendant l’hiver, spontanément sans raison apparente : pendant ces courtes phases d’activités, les chiroptères volent dans leur gîte, urinent, défèquent, ou boivent et mangent un peu. Parfois un abaissement de la température du gîte au-dessous du seuil idéal suffit également à les réveiller, pour aller chercher alors un emplacement plus favorable.
Mais en dépit de l’engourdissement hivernal, les chauves-souris hibernantes sont très sensibles aux perturbations minimes, à la moindre excitation : des contacts légers, un éclairage prolongé avec une lampe de poche, plusieurs photos prises au flash…suffisent à mettre le mécanisme du réveil en marche, ce qui représente toujours pour l’animal une perte considérable d’énergie, au risque, si cela se répète, de consumer prématurément ses réserves de graisses, et de perdre alors la possibilité de se réveiller au moment voulu au printemps ou de ne plus avoir assez de force pour partir chasser et se nourrir.

La phase d’hibernation constitue donc une période de grande vulnérabilité des chiroptères, d’où les consignes strictes de respecter leur gîtes d’hibernation, dans le cadre de la loi portant sur la protection des chauves-souris, mais nous y reviendrons plus tard.


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MessageSujet: 4   23/1/2010, 16:13

1.2.2 Reproduction et élevage des petits

L’automne est le temps des accouplements. Durant cette période, les mâles émettent des odeurs fortes et des «chants» pour séduire leurs partenaires.

Une fécondation différée


Au moment de la procréation, les mâles s’accouplent successivement avec plusieurs femelles. Pour la plupart des espèces de chauves-souris, le sperme émis est stocké dans le vagin des femelles pendant près de 6 mois, maintenu par des substances nutritives dispensées par l’utérus, jusqu’au printemps. L’ovulation et la fécondation n’auront lieu qu’au début du printemps en fonction de la météorologie. Cette fécondation différée est une particularité unique chez les mammifères.
Les gîtes de parturition
Dès la sortie de l’hibernation, les femelles pleines gagnent les gîtes de parturition où elles se rassemblent en colonies. La gestation dure de 55 à 75 jours selon les espèces. Là encore, les chauves-souris vont faire preuve d’une formidable capacité d’adaptation : la modification de la durée de la gestation selon les conditions du milieu. En effet par temps frais, la raréfaction des insectes au moment de la gestation obligent les gestantes à économiser leur énergie en abaissant leur température corporelle de jour, ce qui entraîne un retard de développement du foetus, donc un retard de la mise bas, voire un arrêt de la gestation.
La période de gestation représente également une phase critique de besoin énergétique important, et tout décalage risque de perturber la période optimale de la chasse durant les mois d’été, et de limiter l’apport énergétique suffisant pour suppléer à l’allaitement et à la constitution de stocks de graisse avant l’hiver.

Les gîtes de parturition où seront mis bas et élevés les petits, telle une nurserie, sont appropriés à chaque espèce : grotte sèche et chaude ou grenier chaud de grand volume et tranquille pour les grands rhinolophes et les grands murins, lambris de façade orientée sud ou ouest pour les pipistrelles communes…

Un faible renouvellement des espèces

Les chauves-souris n’ont qu’une seule portée par an et un seul petit (rarement deux). Parfois même, les femelles n’ont qu’une gestation tous les deux ans. Cette faible productivité est compensée par un élevage long et attentif. Dans les premières semaines, le petit, accroché par les dents de lait aux mamelles et par les griffes au pelage de la mère, part en chasse avec elle chaque soir. Au bout d’un mois, le sevrage se fait, le jeune est autonome, et après deux mois il a atteint la taille adulte.

Les jeunes chauves-souris sont particulièrement menacées pendant cette phase critique de leur vie. La mortalité post-natale est importante: 50% des petits ne survivent pas au premier mois, et 40% à peine atteignent leur 2e année.
Cette mortalité importante des jeunes, ajoutée au faible taux de reproduction, ne permet pas un renouvellement suffisant des colonies de chauves-souris. En compensation, leur longévité est remarquable. On admet qu’elle est de 9 à 20 ans. Le record a été détenu par un murin de Daubenton avec 31 ans, mais l’on sait grâce aux expériences de baguage que d’autres espèces peuvent atteindre 20 ans ou plus.


1.2.3 Des gîtes variés à préserver

Les chauves-souris ne construisent pas de nids. On distingue des espèces cavernicoles, arboricoles, urbaines ou anthropophiles en fonction de leur milieu de vie et de leur habitat.

Des gîtes différents selon les espèces

Les habitats souterrains (grottes, anciennes carrières et mines) offrent de nombreux gîtes naturels. Ainsi les minioptères et certains rhinolophes y vivent toute l’année, même si les grottes et les tunnels utilisés en été ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui servent durant les quartiers d’hiver.

Le milieu forestier accueille de nombreuses espèces qui colonisent les anciennes loges de pics, les branches creuses, les troncs foudroyés, et les fissures sous les écorces. Les cavités d’arbres sont des lieux de suspension, de mise-bas et d’estivage. De plus, près de ces gîtes tranquilles, les chiroptères trouvent des terrains de chasse où les insectes abondent.

Les bâtiments construits par l’homme: maisons, immeubles, églises, forts et châteaux, sont utilisés toute l’année par de nombreuses espèces de chauves-souris. En été, les colonies de femelles y mettent bas et y élèvent leur progéniture. Les pipistrelles, les oreillards, les rhinolophes, les murins sont par exemple, très dépendants des bâtiments : l’état de ces derniers et certaines de leurs caractéristiques architecturales ont une grande importance pour ces espèces. Différents ouvrages d’art sont également fréquentés : sous les ponts en particulier, les voûtes offrent des fissures appréciées des Daubenton, des grands murins et des pipistrelles.
Au sein des maisons, depuis la cave jusqu’au grenier, les moindres recoins et fissures peuvent être occupés par certaines espèces anthropophiles : les petits rhinolophes, les sérotines communes et les grands murins s’installent dans les combles chauds et obscurs, les pipistrelles communes derrière les volets et les lambris de façades, les vespertilions à oreilles échancrées dans les greniers ou les dépendances plus fraîches et les mâles de petits rhinolophes dans la cave ou le cellier.
Certaines espèces vivent plus volontiers au contact de l’homme, profitant de son environnement, notamment les villes, et de son habitat. Bien qu’exposées aux dangers de la ville citadine(chocs de voiture, pollution, prédateurs domestiques…), ces espèces appréciant la ville, ne sont pas menacées, comparées à leurs congénères rurales dont les exigences environnementales sont de plus en plus complexes.
La pipistrelle commune est une des espèces d’Europe les plus anthropophiles, et les plus souvent retrouvées dans les constructions humaines en période d’estivage et sait bien tirer profit des nouveaux matériaux (béton, isolation, tuiles mécaniques…) pour trouver un gîte, un interstice de 10 mm lui suffisant pour s’infiltrer.
La sérotine commune est connue pour coloniser aussi l’architecture moderne, la laine de verre ou de roche étant très appréciée. Elle recherche les atmosphères particulièrement chaudes pour la mise bas, pouvant aller jusqu’à 50° dans certains greniers.

Les déplacements

Pour la recherche des gîtes, les chauves-souris sont guidées par des impératifs principalement thermiques.
En été, les femelles allaitantes doivent rester actives en permanence. Elles recherchent alors des gîtes dont la température est la plus proche de celle de leur corps pour économiser leur énergie. En revanche, les mâles cherchent les endroits plus frais où ils peuvent retomber en léthargie faible durant les jours frais et pluvieux.
Afin de rester toujours dans de bonnes conditions thermiques, les chauves-souris sont amenées à se déplacer en permanence tout au long du printemps et de l’été. Les colonies iront d’arbre en arbre, de grotte en grotte ou de maison en maison. Seules les colonies de mise bas sont fixées dans un même gîte durant la période d’élevage des petits.
Ces déplacements sur des territoires plus ou moins vastes, n’ont rien à voir avec les migrations de certaines autres espèces de chauves-souris. Les noctules et les pipistrelles de Nathusius peuvent parcourir plus de 1500 km entre leur site d’estivage et leur site d’hivernage. Des noctules font régulièrement le trajet de l’ex-Allemagne de l’Est à l’est de la France, ou au centre, voire au sud-est.

1.3 Mode de vie sociale

Les chauves-souris sont indiscutablement des animaux grégaires. Que se soit pour hiberner, se reproduire ou chasser, elles recherchent des individus de leur propre espèce, ou se mêlent à des chiroptères d’espèces différentes.

Les mégachiroptères se réfugient dans les grottes ou se perchent ensemble dans les arbres formant des rassemblements géants, bien qu’ils soient actuellement plus restreints que ceux décrits au début du siècle (rassemblements de dizaines de millions d’individus s’étalant sur plusieurs kilomètres).
Les chiroptères tropicaux peuvent se mélanger entre espèces frugivores et insectivores, et vivre ensemble dans les mêmes sites souterrains, rassemblés sur les même parois. Les effectifs dans les zones tropicales atteignent encore des chiffres impressionnants, allant de centaines de milliers à plusieurs millions d’individus pour un même site.

Les grands rassemblements de microchiroptères se font presque toujours dans de grands sites cavernicoles, mais quelques colonies géantes gîtent aussi dans des constructions humaines, comme à Phnom Penh où une colonie de 2 millions d’individus s’est installée sous les toits du musée national, datant du début du siècle.
Dans les régions tempérées, les plus grands rassemblements de microchiroptères sont observés avec l’espèce Tadarida brasilensis, le molosse américain ou avec le minioptère de Scheibers. Ce grégarisme permet d’obtenir une thermorégulation optimale pour la croissance des jeunes et l’hibernation en milieu cavernicole.

Cependant, aujourd’hui la diminution importante des effectifs de nombreuses espèces cavernicoles ne permet plus d’atteindre les seuils de température d’autrefois, provoqués par l’effet de masse. C’est pourquoi les animaux en plus petit nombre, doivent se regrouper de plus en plus régulièrement au sein des constructions humaines, thermiquement plus favorables.
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MessageSujet: 5   23/1/2010, 16:46

2 REGIME ALIMENTAIRE ET ENJEUX ECOLOGIQUES

Les chauves-souris jouent un indéniable rôle environnemental et, dans certaines parties du globe, sont la clé de voûte de nombreux écosystèmes.

2.1 Les insectivores


En tant que prédateurs, les chiroptères insectivores, par leur système de recherche alimentaire spécialisé, se situent vers le bout de la chaîne alimentaire (elles restent cependant les proies de certains rapaces et mammifères dont l’homme). On les considère de ce fait, aujourd’hui, comme des indicateurs biologiques.
Nos espèces d’Europe se nourrissent presque exclusivement d’insectes capturés au cours de la nuit, mais elles se distinguent entre elles par leur régime alimentaire qui va conditionner leur méthodes de chasse et également leur milieu de chasse. Ces différences permettent à plusieurs espèces de vivre dans un même paysage sans se concurrencer durablement.

2.1.1 Leur régime alimentaire

Le régime alimentaire conditionne, nous l’avons vu, des caractéristiques comportementales :l’écholocation pour se diriger dans l’obscurité et l’hibernation en l’absence d’insectes.
Les insectes sont en effet des proies très intéressantes pour les chauves-souris car ils représentent une manne diversifiée et abondante sur presque toute la planète. Mais sous les hautes latitudes, comme en Europe, la présence des insectes dépend des saisons.
Par contre, sous les tropiques, ces proies sont présentes toute l’année, et c’est dans ces régions que les densités de chiroptères sont les plus impressionnantes.
Partout dans le monde, les maxima d’insectes volants sont atteints au crépuscule et en début de nuit. Pour exploiter cette manne, il existe peu de concurrence, car la plupart des autres espèces insectivores, surtout les oiseaux, sont diurnes. Les chauves-souris, au cours de leur évolution, ont ainsi occupé cette niche écologique laissée vacante.

De grands prédateurs d’insectes

Près de 70% des espèces de chiroptères dépendent des insectes et des arthropodes comme ressource alimentaire, et quasiment toutes les familles d’insectes peuvent devenir la proie des chauves-souris. Les papillons de nuit, les mouches, les moustiques, les termites, les criquets, les fourmis volantes, les sauterelles, les grillons et les coléoptères font partie de la longue cohorte de proies potentielles; mais il convient de ne pas oublier les petits invertébrés qui, sans être des insectes, sont des proies très convoitées par des certaines espèces de chauvessouris.
Araignées, petits crustacés, scorpions ou scolopendres figurent ainsi au menu.
Beaucoup d’entre eux sont capturés à terre. En effet, les chauves-souris ne chassent pas qu’en vol, elles sont tout à fait capables de prélever des proies rampantes, tapies dans l’herbe ou posées sur le feuillage.
La ration alimentaire quotidienne équivaut souvent au tiers de leur propre poids; ainsi une noctule de 30g, consomme chaque jour, environ 10g d’insectes. On a calculé qu’un seul vespertilion de Daubenton pouvait tuer 60 000 moustiques entre le 15 mai et le 15 octobre. On peut également évaluer la masse des proies mangées en considérant les tas de guano (féces des chauves-souris), qui se trouvent dans les gîtes de reproduction fréquentés depuis longtemps, qui atteignent parfois un mètre de haut, ce qui reflète une consommation considérable, sachant qu’elle représente 100% de débris d’insectes.

Leur rôle écologique

De nombreuses chauves-souris mangent beaucoup d’insectes nuisibles aux cultures et aux forêts. Et il peut être utile de rappeler que certains représentants des Bombyx, des géométridés, et des pyralidés, dont les larves et les imagos (insectes adultes) attaquent tronc, feuilles, et racines, provoquent chaque année un désastre en agriculture et en sylviculture.
On peut citer l’oreillard roux qui chasse entre autre la Noctuelle des moissons (Agrotis Segetis), Polia Oleacera et la Tordeuse verte du chêne (Tortrix viridana). Par ailleurs, dérivant d’un ancêtre commun, les trois espèces de Noctules ont réalisé sous la pression de la sélection trois paliers de taille leur permettant d’exploiter la gamme entière des insectes forestiers sans se faire concurrence. La formidable mâchoire de la Noctule géante la désigne comme un mangeur de gros Coléoptères xylophages, tandis que la Noctule de Leisler est adaptée à la mastication d’insectes petits et mous. La Noctule commune présente un type intermédiaire.

Avant l’arrivée des pesticides, la densité des chauves-souris était beaucoup plus impressionnante; elles seules assuraient alors ce fragile équilibre écologique. Malgré la diminution drastique des populations mondiales de chiroptères, on peut encore imaginer les milliers de tonnes d’insectes consommés chaque année par ces insatiables chasseuses nocturnes. Les plus grandes colonies de chauves-souris des zones tempérées, celles du sud des Etats-Unis qui comptent 20 millions d’individus, en mangent chaque nuit plusieurs tonnes. En Europe, une colonie de 500 grands murins atteint en fin de saison estivale une consommation de près d’une tonne d’insectes.
La véritable lutte biologique perd malheureusement de son importance en raison de la raréfaction des chiroptères.

2.1.2 Les modes et les milieux de chasse selon les espèces

Chaque chauve- souris possède un mode et une aire de chasse adaptés à son régime alimentaire et donc à son espèce .
La barbastrelle chasse des micro-lépidoptères (papillons de nuit) dans les allées et les prairies à 4 ou 5 mètres de hauteur; les oreillards glanent le feuillage des arbres pour dénicher des insectes cachés; le vespertillion à oreilles échancrées recherche exclusivement des araignées sur leur toile dans le feuillage…
La grand murin, lui, chasse de gros coléoptères au sol dans les prairies. La noctule commune récupère ceux qui tentent de s’échapper du feuillage par la canopée. Les pipistrelles se limitent le plus souvent aux petites proies sur les chemins. Enfin le grand rhinolophe reste accroché à une branche et reste à l’affût, attendant le passage de proies.

Le mode de chasse entraîne une différenciation dans le vol: au ras du sol, des arbres, avec des arrêts sur place comme l’oreillard ou le petit rhinolophe; un vol rapide direct comme celui de la pipistrelle ou entrecoupé de piqués comme chez la noctule.

Certaines espèces capturent les insectes en vol, en se servant de leurs ailes comme d’une épuisette; d’autres attrapent les gros insectes qui courent au-sol dans la forêt; d’autres pêchent ceux posés à la surface des étangs et des rivières, ou s’attaquent aux proies immobiles placées sur les feuilles, les rameaux, les rochers.
La taille des proies varie en fonction du mode de chasse et des espèces de chauves souris. En général, les grandes espèces consomment de gros insectes.
Les proies (insectes essentiellement) sont aussitôt dévorées, les parties chitineuses rejetées.
La fréquence des prises positives, c’est à dire le nombre de fois où chacune capture une proie, est élevé. On estime qu’en une minute, une chauve-souris peut attraper 6 insectes sur 8.

2.2 Les végétariennes : leur rôle dans la reproduction végétale et la reforestation

Près de 260 espèces de chiroptères, soit près d’un quart, ont un régime alimentaire dépendant essentiellement des végétaux. La plupart des chauves-souris végétariennes se nourrissent en fait indifféremment de fruits ou de nectar.
La manière de se nourrir ou d’éliminer, chez les chauves-souris, assure la dissémination de nombreux végétaux, et aide donc les plantes-hôtes qu’elles visitent à se reproduire et à conquérir de nouveaux territoires.

Les pollinivores

Dans les pays tempérés, la pollinisation des plantes s’effectue par le vent, par les insectes ou par les oiseaux, mais, dans les zones tropicales, un très grand nombre de végétaux dépendent de l’action pollinisatrice des chauves-souris. Ainsi le baobab, dont dépendent de nombreuses espèces animales ou végétales, est tributaire uniquement des chauves-souris pour sa pollinisation, ses fleurs ne s’ouvrant qu’une fois la nuit venue. La roussette d’Egypte, l’Epomophore de Wahlberg et la roussette des palmiers, sont les trois espèces qui concourent à la pollinisation de cette famille d’arbres géants. Pour ce faire, quand la chauve-souris butine, la fleur disperse son pollen sur la fourrure du dos ou de la tête de l’animal, qui passe d’arbre en arbre et de fleur en fleur, assurant ainsi la pollinisation.
D’autre part, depuis des millions d’années, plantes et chauves-souris se sont co-adaptées. En effet, à titre d’exemple, la fleur d’une liane tropicale du Costa Rica, grâce à son pétale en forme de miroir concave, réfléchit les ultra-sons émis par une espèce de chauve-souris nectarivore et balise ainsi le secteur à fertiliser.

Les frugivores

Les frugivores dispersent aussi les graines des fruits qu’elles ingèrent ou qu’elles déplacent sur de vastes étendues : les graines, les pépins ou les noyaux sont recrachés par la bouche ou éliminés après le transit intestinal. C’est ainsi que certaines espèces participent à la reproduction de l’ananas, de l’arbre à pain, du bananier, de l’avocatier, du dattier, du
manguier ou des pêchers exotiques, et plantent ainsi chaque jour des forêts entières. Des études ont démontré qu’en Afrique de l’Ouest, les chauves-souris frugivores transportent et sèment 90 à 98% des graines des plantes pionnières sur les zones ayant subi une déforestation.

En général, on considère qu’elles ingèrent l’équivalent de leur propre poids en fruits en une seule nuit.

A travers le monde, les frugivores se nourrissent sur environ 145 genres d’arbres fruitiers et sur 30 familles de plantes. Les fruits sont essentiellement consommés à maturité, à l’exception de quelques-uns, comme ceux du cocotier, qui sont absorbés quand ils sont encore jeunes ou encore de petite taille.

Leur rôle écologique

Dans les milieux insulaires, des espèces souvent endémiques, jouent un rôle capital pour la survie des écosystèmes îliens. Dans les îles océaniques, les chauves-souris frugivores sont souvent les seules espèces capables de polliniser certaines essences ou d’acheminer des fruits sur de grandes distances. Cox, un biologiste américain, affirme qu’aux îles Samoa, 30% des arbres dépendent directement des chauves-souris. Pendant la seule saison sèche, sur ces mêmes territoires, 80 à 100% des graines déposées au sol sont transportées par les chiroptères.
Mais c’est justement au sein ce ces milieux insulaires, que l’on rencontre beaucoup d‘espèces menacées: sur l’île de Guam, deux roussettes se sont ainsi éteintes avant même que l’on ait eu le temps de les classer en voie de disparition.

Aujourd’hui, ce rôle essentiel de pollinisation est connu et reconnu. Il n’est que temps car depuis 30 millions d’années, les chiroptères aident des écosystèmes entiers à vivre et à se régénérer. Une étude américaine, menée dans les années 1990, a démontré que la reproduction de 300 plantes tropicales de l’Ancien Monde dépend totalement ou partiellement des chauvessouris.
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MessageSujet: 6   23/1/2010, 17:01

2.3 A part :Les hématophages

En fait, seules trois espèces de chauves-souris se nourrissent de sang, ne pouvant pas avoir d’alimentation solide. Elles sont classés dans la famille des Desmondités et sont les seuls animaux à sang chaud à posséder cet exceptionnel régime alimentaire.
Il s’agit par ailleurs d’individus de grande sociabilité, réputés pour leur solidarité et vivant en colonies de nombre variable (de quelques dizaines à quelques centaines, rarement des milliers).

Desmodus rotondus est sans doute le plus connu des trois; il s’attaque à une faune très variée: bétail, chiens, crapauds, mammifères sauvages, des tapirs aux guanacos en passant par les otaries. Sa cible préférée est le bétail.
Diphylla ecaudata qui se nourrit essentiellement du sang des oiseaux est le plus rare des trois, et Diaemus youngi semble partager le même régime alimentaire. En Guyane française, les données sur cette espèce proviennent d’individus découverts au sein de poulaillers.
Pour Desmodus rotondus, les prélèvements de sang représentent au maximum 3 à 4 cuillères à café pour une nuit de chasse. Ces ponctions restent minimes pour les animaux parasités de grande taille.
Leur salive contenant une substance anti-coagulante, il leur suffit de pratiquer en douceur une petite incision en regard d’un vaisseau sanguin, puis de placer leur langue en forme de canule pour que s’écoule le précieux liquide. Desmodus rotondus meurt s’il passe plus de deux nuits consécutives sans trouver de sang. Le comportement social des vampires étant extraordinairement solidaire, les animaux qui rentrent bredouilles peuvent être aidés par les membres du groupe, et beneficier d’une régurgitation de sang de la part d’un individu plus chanceux.

Bien évidemment, les vampires peuvent être porteurs de la rage et la transmettre, nous le verrons plus loin. La transmission de cette maladie au bétail a entraîné des représailles terribles vis à vis des populations de vampires, ces dernières décennies.
L’aire de distribution des vampires, qui autrefois restait cantonnée aux zones où la faune sauvage était particulièrement abondante, s’est étendue actuellement à toute l’Amérique latine (de la frontière des Etats-Unis au 30e parallèle sud), ayant suivi l’extension des troupeaux d’élevage.

2.4 Rôle économique des chiroptères

Les chauves-souris jouent également un rôle économique notable : Elles peuvent limiter l’usage des pesticides d’une part , et permettent d’autre part des découvertes biologiques qui assurent le développement et l’exploitation de nombreux produits et matières premières.
Mêmes leurs déjections peuvent être exploitées par l’agriculture ou aider à la recherche.

2.4.1 La contribution des végétariennes


En participant au maintien de la biodiversité végétale, elles pollinisent de nombreuses plantes et arbres qui sont ensuite directement exploités par l’homme.

2.4.1.1 Participation à certaines productions locales


Un spécialiste américain, Merlin Tuttle, a déterminé que 450 produits utilisés par les hommes dépendent directement et indirectement des chiroptères. Cette liste impressionnante compte, entre autres, 110 aliments ou boissons, 72 médicaments et 66 essences d’arbres utilisés en ébesnisterie.
Certains fruits pollinisés représentent une valeur économique importante pour les pays en voie de développement. C’est le cas du fruit de Durian, Durio zibhetinus, du Petai, Parkia speciosa, et de P. javanica qui sont de plus en plus utilisés dans l’alimentation d’une partie des populations asiatiques.
En Afrique, les roussettes sont les seules à disperser les graines d’Iroko, une essence rare.
Dans le désert du Sonoran, au sud-ouest des Etats-Unis, et dans les zones arides du Mexique, les chauves-souris, comme la chauve-souris à long nez, jouent un rôle majeur dans la pollinisation des agaves et des grandes cactées. Toute une économie dépend directement d’elles, car de ces cactées sont tirées la Téquilla et le Mescal, deux alcools qui représentent pour l’économie locale des flux de devises importantes.

2.4.1.2 Conservation de la biodiversité

De nombreux fruits que nous consommons sont maintenant produits dans des plantations. Si la reproduction de ces espèces hybrides est entièrement gérée par l’homme, les souches d’origine sauvage de ces plantes dépendent encore totalement des chauves-souris ou d’autres espèces animales.

Les chauves-souris pollinisent l’ananassier, l’arbre à pain, le bananier, l’avocatier, les dattiers, les manguiers et les pêchers exotiques, le giroflier, les arbres à Balsa, le Kapok…Pour conserver les souches sauvages de toutes ces essences devenues pour beaucoup domestiques, il est indispensable de préserver les chiroptères qui en assurent la reproduction.
Ces plantes et ses arbres, qui poussent dans le milieu naturel, sont soumis à des conditions de vie plus difficiles que les plantes cultivées. Leur patrimoine génétique peut être précieux car il recèle des gènes qui s’avèreront peut-être un jour d’un grand secours pour les souches domestiques.

2.4.2 L’aide des insectivores

2.4.2.1 Un insecticide naturel

En éliminant chaque nuit des centaines de tonnes d’insectes sur toute la planète, les chauves-souris insectivores réduisent d’autant la consommation d’insecticides et les surcoûts financiers payés en bout de chaîne par le consommateur.
Sans les chauves-souris, des volumes supplémentaires considérables de pesticides seraient utilisés. Une majorité d’insectes qui s’attaquent aux céréales et à la sylviculture deviennent à l’âge adulte des papillons nocturnes, qui à ce stade d’évolution, représentent l’une des proies privilégiées de très nombreuses chauves souris des zones tempérées et tropicales. Les forestiers ont d’ailleurs compris qu’ils disposaient ainsi d’une précieuse alliée de l’écosystème forestier et s’impliquent de plus en plus dans des démarches protectrices, avec une gestion de plus en plus écologique.
Sur toute la planète, les chauves-souris s’attaquent aux moustiques, et participent ainsi dans une certaine mesure aux moyens prophylactiques de lutte contre les maladies dont ils sont vecteurs, comme le paludisme ou la dengue.
Les chauves-souris restreignent également les populations de criquets migrateurs, ravageurs des récoltes dans beaucoup de pays du Tiers Monde, et consomment des centaines d’autres espèces d’insectes que l’homme déclare nuisibles à son confort ou à son économie.
Quelque soit leur répartition géographique, tous les auteurs s’accordent à dire que les chiroptères représentent l’un des plus puissants insecticides naturels.

2.4.2.2 L’alchimie du guano

Comme celui des oiseaux, le guano des chiroptères représente une source financière non négligeable pour les pays à faible revenus.
Naturel et de très bonne qualité, cet engrais peut, de plus, être exploité sur place à des coûts très bas.
Aussi longtemps que les chauves-souris sont présentes et que le milieu leur permet de se nourrir, c’est aussi un bien renouvelable.
La récolte du guano offre des avantages économiques aux pays en voie de développement car elle leur évite l’importation d’engrais phosphatés, souvent achetés en devises fortes, ce qui alourdit leur dette extérieure.
Mais les déjections de chauves-souris présentent aussi bien d’autres intérêts. Des millions de bactéries encore inconnues vivent au sein du guano et participent à sa dégradation. Découvertes dans les énormes tas de déjections des grottes du sud des Etats-Unis, des bactéries ont été isolées et soumises à des programmes de recherche.
L’utilisation de ces nouveaux organismes pourraient permettre d’optimiser la dégradation des ordures en décharge, d’abandonner partiellement certains combustibles fossiles et de produire des détergents encore plus performants. Seule une partie infime des microorganismes contenus dans le guano a été étudiée jusqu’ici et de nouvelles applications seront peut-être découvertes dans les années à venir.
La destruction d’une colonie de chiroptères risque de faire disparaître en même temps ces millions d’organismes avant même qu’ils aient pu être étudiés.


Dernière édition par Apo le 23/1/2010, 17:17, édité 1 fois
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MessageSujet: 7   23/1/2010, 17:17

3 DE LA CONNAISSANCE A LA PROTECTION DES CHAUVES-SOURIS

3.1 Historique

Un parcours semé de découvertes et d’embûches s’étalant sur plusieurs siècles, a conduit à la classification actuelle des chiroptères et aux connaissances biologiques et comportementales qui ont été décrites précédemment.
Les hommes qui se sont succédés dans cette aventure étaient des zoologistes célèbres ou des érudits, des naturalistes passionnés, des explorateurs impénitents ou des voyageurs curieux.
Chacun a apporté, avec les bagages de son siècle, une pierre supplémentaire à une meilleure connaissance commune.

Malgré les hésitations antérieures d’Aristote il y a 23 siècles, les chauves-souris étaient considérées comme des oiseaux jusqu’au XVIème siècle. Il faut attendre le XVIIIème siècle, pour que le Suédois Linné les fasse basculer chez les mammifères, mais en les classant dans un tronc commun avec les primates et les hommes. Seules deux espèces étaient décrites,à cette époque, en France, le grand murin et le vespérien oreillard. Dans les volumes de l’Histoire Naturelle de Buffon, le scientifique Daubenton présenta par la suite, cinq nouvelles espèces (la noctule, la sérotine, la barbastrelle, le rhinolophe et la pipistrelle)
Pour des espèces sauvages aussi complexes et difficiles à étudier, il faut rendre hommage au travail colossal et à la patience de ces observateurs de l’environnement, fondateurs de la zoologie, qui avaient cependant réussi à relater le phénomène d’hibernation et le régime alimentaire insectivore des chauves-souris.

Dès la première moitié du XIXème siècle, les chauves-souris sont considérées enfin , par l’ensemble des zoologistes, comme un ordre distinct au sein de la classification des mammifères.
C’est aussi durant cette période, que la connaissance des chiroptères progressera le plus, aussi bien dans la découverte de nouvelles espèces que dans l’étude du comportement. Il est vrai que les scientifiques de cette époque étaient de grands voyageurs, et les trophées de leurs expéditions étaient énormes. Au milieu du XIXème, Boitard répertoriait déjà dans un ouvrage les 143 espèces de chiroptères découvertes sur les cinq continents. Pour l’Europe, 17 figuraient dans cet inventaire, soit un peu plus de la moitié de celles décrites actuellement.
Pour ces zoologistes, bien que l’étude sur le terrain fût difficile, compte tenu des moyens très rudimentaires de l’époque, leurs rapports sont surprenants de précision, et n’ont rien à envier aux ouvrages modernes. Des écrits de voyageurs ou de fonctionnaires en poste ou encore d’amateurs curieux ont contribué également par leurs témoignages aux progrès de la connaissance de la morphologie et du comportement.
Pour ce qui est de l’approfondissement des connaissances biologiques, il se réalisait par des études expérimentales, moyennant le sacrifice de centaines d’individus, mais le contexte environnemental n’était bien sûr pas celui d’aujourd’hui : les chauves-souris étaient encore abondantes.

C’est au tournant du XXème siècle qu’une réelle prise de conscience environnementale apparaît. Certains auteurs s’impliquent déjà franchement dans la protection des chauves souris.
Dans les Mammifères de France, Bouvier suggérait déjà : « Laissons leur à l’avenir ces demeures (troncs d’arbres creux) et dans nos parcs et nos jardins, rétablissons-en de factices, pour les faire revenir et nous donner leur très sérieux et infatigable concours » … « Reconnaissons donc un peu leurs mérites; Ne les tracassons plus, mais ne les oublions
pas aussi, parce que ce n’est pas au grand jour qu’elles accomplissent leurs travaux, mais modestement le soir ou la nuit, alors que nous nous reposons tranquillement ». Il faut noter qu’à l’époque, les pesticides n’existaient pas, et elles étaient considérées comme d’indispensables prédateurs d’insectes ravageurs de cultures.

3.2 Etats des lieux: des mammifères menacés

3.2.1 Evolution des populations

3.2.1.1 Les espèces frugivores : le grand déclin


Deux témoignages sont particulièrement éloquents :
-Alors qu’en 1930, en Australie, les plus grands regroupements de roussettes étaient estimés à 30 millions d’individus, soit un des rassemblements les plus importants de la planète, il ne reste actuellement plus que quelques groupes épars de 100 000 chauves-souris chacun.
-Aux Philippines, on trouvait encore, dans les années 1920, assez fréquemment des sites où se concentraient 150 000 frugivores. Il ne subsiste plus aujourd’hui que quelques groupes dont le plus important ne compte que quelques centaines d’individus.

Ces régressions plus qu’alarmantes reposent, comme pour les espèces insectivores, sur un ensemble de facteurs environnementaux néfastes, presque tous liés à la présence de l’homme:

-les changements de milieux :

  • une des plus grande menace est représentée par la disparition de la forêt tropicale : Bien que quelques espèces arrivent à s’adapter à des milieux appauvris, la grande majorité, au régime alimentaire spécifique, y sont très sensibles. La grande responsable serait l’exploitation forestière.


  • Les chauves-souris qui fréquentent les mangroves voient aussi leurs milieux détruits au profit de fermes aquacoles, de la récupération de bois de chauffe, ou de l’extension des infrastructures côtières implantées pour le tourisme.


  • Le développement routier perturbe aussi le développement des colonies, en modifiant leurs aires alimentaires.

-l’élimination par l’homme :

  • pour la consommation de leur chair, habitude culinaire ancienne de plus de 1000 ans, autour des îles du Pacifique, en Asie du Sud-Est, dans certaines régions d’Afrique ou dans les Comores, où le pâté de chauves-souris est considéré comme un mets gastronomique.


  • Pour protéger les exploitations industrielles de fruits , dans certaines régions tropicales, où les chauves-souris sont considérées comme des nuisibles. Il est vrai que certaines plantations ont été ravagées par des frugivores, affamées, suite à la destruction préalable de leur site naturel (forêts).
-les conditions météorologiques (cyclones, typhons) peuvent participer aussi à la diminution des populations de chiroptères, par la destruction de leur nourriture, mais aussi du couvert végétal qui les abritait des prédateurs.

3.2.1.2 les espèces insectivores et en particulier européennes

Les chauves-souris européennes ont peu de prédateurs naturels : chouettes, fouines, belettes, chats domestiques, éperviers. Ces quelques prédateurs n’ont jamais menacé l’existence des chauves-souris.
En revanche, le monde moderne et son évolution rend leur survie de plus en plus difficile et plusieurs espèces ont disparu localement.

En effet, il a été montré que depuis 40 ans, le grand et le petit rhinolophe n’existent plus dans la partie centrale de l’Europe occidentale. Ailleurs, leurs jours sont comptés alors qu’encore au début du siècle, il faisait partie des chiroptères les fréquents dans nos pays. Les spécialistes annoncent qu’ils disparaîtront dans les années à venir, accumulant les difficultés d’adaptation face à presque toutes les modifications environnementales imposées par l’homme.
On sait également que le grand murin s’est raréfié dans le nord de son aire de distribution, certaines populations ayant diminué de 80%. Il en est de même pour la barbastrelle, alors qu’il s’agit d’une espèce particulièrement résistante au froid..
Cette diminution des effectifs n’est pas uniforme partout en France et en Europe. Certaines espèces continuent même à prospérer et à être abondantes partout. Il s’agit de la pipistrelle, de l’oreillard commun et du Vespertilion de Daubenton. En Europe occidentale, on a même observé un accroissement des effectifs de ce dernier au cours des dernières années.

Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé d’explications à ces différences mais il se pourrait que les insectes chassés par ces espèces ne soient pas affectés de la même façon par les pesticides et la transformation des paysages.

Depuis que la recherche en chireptorologie s’est accrue ces dernières années, les spécialistes européens deviennent alarmistes et sont unanimes pour constater la raréfaction de plusieurs espèces.
Même s’il reste beaucoup de travail à faire pour connaître l’évolution des populations de chauves-souris en Europe, on constate cependant que le tiers d’entre elles régresse en nombre et que toutes sont menacées de multiples façons.

3.2.1.3 Principales causes de raréfaction des chauves-souris europénnes

Les raisons de leur diminution rapide dans nos pays sont diverses. Il existe tout un concours de circonstances, des facteurs non naturels, donc à attribuer à l’homme, mais aussi des circonstances naturelles.
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MessageSujet: 8   23/1/2010, 17:41

Les facteurs climatiques

De nombreuses espèces ont atteint en Europe centrale leur limite d’expansion septentrionale et occidentale. Les conditions de vie y sont par nature difficiles.
Si ce n’était pas le cas, les animaux pourraient s’étendre beaucoup plus. Un important facteur, ayant une influence sur l’expansion de nombreuses espèces de chiroptères, est donc le climat. Par un été froid et humide, les insectes se faisant plus rares, le manque de nourriture limite l’alimentation des progénitures et le stockage des réserves de graisses pour l’hiver suivant, ce qui entraîne une augmentation de la mortalité. Les espèces aimant la chaleur, comme les grands murins et les rhinolophidés, espèces presque disparues, sont très touchées par les instabilités climatiques. Ainsi, les experts attribueraient la disparition des petits rhinolophes à une succession d’été frais et humides dans les années 50 et 60.
Cependant, le climat seul ne peut pas être responsable de la disparition de toutes les espèces. D’autant que les étés plus chauds avec une nourriture abondante devraient renforcer à nouveau la population de chauves-souris…

La modification des paysages

Les endroits où, même lors de bons étés, il n’y a pas d’insectes parce que leur espace vital a été desséché et détruit par une agriculture intensive, ou qui ont été asphaltés ou bétonnés, sont perdus à tout jamais pour les chauves-souris qui
n’ont plus rien à y faire.
L’équation est relativement simple : les domaines vitaux des insectes sont les terrains de chasse et donc de survie pour les chauves souris. Ainsi un étang asséché, une haie supprimée, des bosquets arrachés, et les animaux doivent chercher un nouveau terrain de chasse, parfois très éloigné du gîte d’été.

Le risque chimique

Il va de soi que l’utilisation intensive d’insecticides entraîne des conséquences néfastes pour les chauves-souris : soit, elles ne trouvent plus assez d’insectes pour se nourrir, soit elles se contentent des insectes encore vivants mais empoisonnés. Selon une étude américaine, les produits toxiques absorbés s’accumuleraient dans la graisse brune, principale réserve énergétique durant la phase d’hibernation pendant laquelle ils peuvent être alors responsables d’une
véritable intoxication systémique parfois mortelle. Cette intoxication retardée peut s’observer également lors du réveil au printemps, où les besoins énergétiques sont importants pour quitter la phase léthargique et où il peut se produire une libération de quantité importante des toxiques à partir de la combustion des graisses. Même les jeunes ne sont pas épargnés, les pesticides pouvant passer dans le lait.
D’après une expertise chimique réalisée sur des rhinolophes Euryales morts en hibernation, espèce considérée actuellement comme disparue, d’importantes charges de pesticides auraient été mis en évidence sur les individus. Il faut préciser que le gîte était situé à proximité d’une zone d’arboriculture. Cela dit, il semblerait, selon Brosset, que cette espèce soit plus sensible que d’autres à l’action des pesticides, ce qui expliquerait sa disparition généralisée depuis 1950, non seulement en France, mais aussi en Espagne et en Afrique du Nord.
En ce qui concerne les autres espèces, on aurait constaté que dans les régions agricoles où les pesticides sont employés, des colonies habitant des gîtes bien protégés se portent bien, et sont aussi nombreuses qu’elles étaient avant l’usage des pesticides.

Les produits vétérinaires ont été aussi incriminés, devant la diminution accélérée de certaines populations de chiroptères, comme des oiseaux, se nourrissant d’insectes coprophages. En effet, certains nouveaux antiparasitaires, de la famille de l’Ivermectine, comme l’Ivomec, offrent un large spectre d’action contre les endo- et ectoparasites(nématodes, douves, acariens de la gale, poux, hypodermes, mouches des cornes…). Systémiques, ils sont très persistants, et les bovins traités en rejettent pendant des mois, et les bouses restent toxiques pendant plusieurs semaines (été) ou mois (hiver).
Selon les études d’un laboratoire de zoogéographie à l’Université de Montpellier, ces molécules «révolutionnaires»qui se sont largement imposées, notamment dans les espaces naturels ( pâturage intensifs, zones humides…), auraient des effets nocifs sur la faune entomologique du pâturage, et par conséquent sur la chaîne alimentaire qui en est dépendante. Les coléoptères et les diptères coprophages font partie des non-cibles touchées, notamment par mortalité larvaire. Des alternatives sont proposées : Choisir au mieux les dates de traitement (en fonction des cycles des parasites visés et de la phénologie des invertébrés à préserver); regrouper les bovins traités sur des surfaces restreintes, pendant la période de toxicité (si elle n’est pas trop longue…); remplacer l’ivermectine par la moxidectine, qui serait aussi efficace (voire
plus, en cas de résistance) et beaucoup moins toxique, de l’ordre de 100 fois sur les invertébrés non-cibles…

L’utilisation de produits de protection du bois notamment pour les charpentes (contre les insectes xylophages) constituent également une cause connue de destruction de chauves-souris par contact, au sein de leur gîte dans les greniers.

Destruction des gîtes

Les habitations humaines sont le lieu de prédilection de nombreuses espèces de chauves-souris anthropophiles.
Or, en ville, la suppression des toitures (immeubles), l’abandon de construction de caves ou de greniers ainsi que de volets rabattants, l’utilisation de nouvelles techniques d’isolation totalement étanches limitent les possibilité de gîtes pour les chauves-souris.
C’est surtout à la campagne que les changements se font le plus ressentir : les vieilles bâtisses sont restaurées, les ruines sont détruites, les vieux arbres sont abattus (le long des routes, des cours d’eau), supprimant ainsi de nombreux gîtes et accès.
Les gîtes souterrains sont également menacés : Des carrières souterraines sont parfois transformées vers des activités humaines (champignonnières, salles de fête, garages…); d’anciennes mines ou carrières sont également complètement
fermées pour des motifs de sécurité; d’autres cavités, notamment les grottes sont hyper fréquentées par les spéléologues de plus en plus nombreux ou autres curieux.

Ces gîtes d’hiver ou d’été ne sont plus protégés et sans cesse perturbés par des passages répétés : dérangements occasionnant des réveils, réchauffement de l’air ambiant, flashs lors de photographies voire manipulations pourtant interdites.
Les accès aux cavités sont parfois modifiées, avec par exemple la création de nouvelles sorties, engendrant des courants d’air ou des échanges thermiques indésirables (desséchant pour les patagium).
Il devient donc de plus en plus difficile pour ces mammifères de trouver un gîte confortable où se reproduire et passer l’hiver.

La destruction directe par l’homme

Même s’il est accusé d’être parfois néfaste pour les chauves-souris, il s’agit avant tout de répercussions indirectes de l’évolution du monde moderne sur l’habitat et la chaîne alimentaire des chauves-souris, pour lesquelles il est impossible de revenir en arrière.
Cependant, depuis toujours, les chauves-souris font l’objet de préjugés, et même si elles sont de mieux en mieux connues, elles restent cependant antipathiques à beaucoup, et bien des gens les craignent, voire développent de véritables phobies, alors qu’il s’agit d’ animaux totalement inoffensifs, et qui ne s’accrochent pas dans les cheveux des femmes, et ne sont pas d’avantage des créatures du diable ou des sorciers.
Ainsi cette aversion de la part des hommes rend la vie encore plus difficile aux chiroptères, qui sont parfois chassés d’une maison à coups de balai, voire assommés, les accès d’entrée ou de sortie de leurs gîtes sont bouchés, condamnant la colonie entière à mourir…

L’homme est également capable de vandalisme inadmissible, bien que cette particularité ne soit pas dirigée spécifiquement contre les chauves souris. La liste serait longue, mais l’on peut citer certaines malheureuses destructions
massives : 500 grands rhinolophes éliminés au pistolet dans les grottes de Thaïs de la Drôme, il y a une trentaine d’années, ou 600 minioptères lapidés en 1985 à Cabrestine.

L’ignorance peut également occasionner des ravages : manipulations maladroites et souvent inutiles, dérangement en période hivernale, baguages intempestifs avant leur interdiction depuis 1979…

3.3 Mesures de protection

Toutes les espèces de chauves-souris sont dorénavant protégées en France par l’Arrêté Ministériel du 24 avril 1979 qui en interdit la capture, la destruction, le transport, l’achat ou la vente. La Convention de Bonn et celle de Berne confortent cette protection au niveau européen et le tout premier accord mondial pour la protection des chauves-souris a été signé à Londres en décembre 1991.
Enfin, la Directive 92/43 CEE de l’Union Européenne, dite «Directive Habitats», prévoit dans son annexe II, la création de Zones Spéciales de Conservation pour : les 4 rhinolophes, la barbastrelle, le minioptère de Schreibers, le grand murin, le murin des marais, le murin à oreilles échancrées, le murin de Bechstein, le petit murin et le murin de Capaccini.
Ces dispositions s’appliquent certes au grand public, mais également aux protecteurs bénévoles des chauves-souris, et des chiroptèrologues. La protection doit passer avant l’intérêt scientifique, c’est pourquoi la capture et le baguage sont extrêmement limitées et nécessitent dorénavant une dérogation spéciale de la part du Ministère de l’Environnement.
Les gîtes d’été et d’hiver ne devraient être visités que pour effectuer des recensements ou comptages, ou pour mettre en oeuvre les mesures de protection adéquates.
Les chauves-souris ne doivent plus être déplacées ni photographiées dans leur site d’hibernation.

Toutefois, la protection légale ne peut à elle seule empêcher la disparition. En plus de la préservation des zones trophiques, marais, bocages, boisement, il est essentiel, si l’on veut protéger les chiroptères, de conserver au mieux les habitats et lieux de suspension estivaux et hivernaux, bâtiments favorables et sites souterrains en particulier, et d’en assurer la tranquillité.
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MessageSujet: 9   23/1/2010, 18:09

3.3.1 Les objectifs:

- Assurer le maintien d’un réseau cohérent de cavités en Europe:
Les mesures à prendre consistent le plus souvent à limiter ou interdire l’accès du public, à surveiller les accessibilités des gîtes et à prévenir leur dégradation naturelle. Ces mesures ne se font pas sans mal du fait de l’attirance de certains publics pour les grottes, dont certains n’hésitent pas à forcer l’accès protégé, pour s’adonner parfois à des activités cachées et délictueuses: démontage ou incendie de véhicules volés, deal, etc…Il est certes impensable de vouloir réquisitionner tous les sites souterrains pour les chiroptères, c’est pourquoi un compromis a été établi par la mise en place de grilles conçues spécialement pour permettre le passage de la chauve-souris, et qui préservent les endroits du domaine souterrain occupé par les chiroptères.

- Encourager la cohabitation avec l’homme au niveau de l’habitat:
Ce sont surtout la toiture et ses annexes qui sont occupés par les chauves-souris. Les combles à proximité des poutres faîtières en particulier sont souvent occupées. On peut les trouver également:
- dans les interstices de la charpente,
- dans les espaces entre tuiles ou ardoises et sous-couverture,
- sous les planches des lambrissages
- derrière les volets qui ne sont jamais fermés,
- dans les caissons de stores,
- dans les boisseaux de cheminée et dans les cheminées désaffectées…

Pour protéger les chauves-souris existantes ou favoriser les chauves-souris potentielles, on évitera entre autre de traiter les charpentes avant la mi-novembre, date à laquelle de nombreuses espèces ont déjà regagné leurs quartiers d’hiver (sous réserve bien sûr que l’on ait pas justement affaire à l’un de ces quartiers).

Les produits insecticides de traitement des charpentes les moins nocifs pour les chiroptères seraient ceux qui sont à base de perméthrine ou de cyperméthrine (pyréthrinoïdes de synthèse) ou encore ceux qui contiennent des sels de bore ou des composés de cuivre ou de zinc.
En principe, les insecticides contenant du lindane, ou encore les fongicides à base de pentachlorophénol ou d’oxyde de tributylétain sont interdits. Mais la meilleure garantie quant au respect de la réglementation et de la prévention des risques chimiques consiste à faire travailler une entreprise spécialisée qualifiée par l’agrément professionnel du CTBA (Centre Technique du Bois et de l’Ameublement). En ce qui concerne les produits utilisés, on peut en particulier exiger la certification dite «CTB bois +Produit». On s’efforcera de terminer le traitement avant fin janvier de manière à laisser suffisamment de temps pour la fixation de la matière active et la disparition des odeurs et émanations de solvants, avant l’occupation des lieux en périodes estivales, par les chauves-souris.

L’installation prolongée d’une colonie dans un bâtiment nécessite l’existence d’une ouverture permettant le passage rapide des chauves-souris soit en vol, soit en rampant. Il faut donc, en cas de réparation, éviter de boucher ces ouvertures. Celles-ci doivent être situées à plusieurs mètres du sol et ne pas amener trop de courants d’air et de lumière. Il existe des tuiles spéciales qu’on peut placer lors de la réfection d’une toiture ou d’une isolation thermique.

En ce qui concerne les clochers et les tours, il faut éviter de grillager les accès, ou utiliser un grillage à mailles suffisamment grandes si l’on veut se préserver des pigeons et des choucas, ou mieux, poser des chicanes en planchettes qui ont l’avantage de maintenir l’obscurité sous les combles.

Pour limiter les souillures et les odeurs qu’entraînent les excréments et les urines, il est conseillé de protéger le sol sous-jacent avec une bâche en plastique protectrice, et ce qui permettra de récupérer le guano, qui comme nous l’avons vu, est un excellent fertilisant naturel riche en azote (à utiliser en petite quantité mélangé à du compost, comme engrais de jardin).

- Conservation des arbres-gîtes en forêt
La forêt peut constituer un refuge pour ces mammifères face à la destruction de leurs gîtes
architecturaux, agricoles et bocagers. Le rôle des forestiers est donc essentiel pour la conservation de ce patrimoine national.

Les chauves-souris participant également à l’équilibre de l’écosystème forestier, les scientifiques sollicitent actuellement les forestiers, pour les entraîner vers des démarches de plus en plus protectrices, avec une gestion de plus en plus proche de la nature. Il est vrai, qu’elles comptent parmi les plus précieux alliés des forestiers, en chassant chacune plusieurs centaines d’insectes par nuit, eux-même parfois destructeurs de nos forêts.

La grande majorité des espèces européennes sont susceptibles d’utiliser les cavités des arbres pour s’y abriter. Certaines d’ailleurs sont considérées comme arboricoles, la barbastrelle en tête. Une colonie n’est pas attachée à un arbre en particulier, et en change même fréquemment, pour se débarrasser des parasites, favorisés par la promiscuité. Par contre elles auront une préférence spécifique d’espèces pour certaines cavités. Parmi celles-ci, deux restent particulièrement attractives : les fissures étroites causées par les intempéries (tempête ou gel) et dont la cicatrisation offre un gîte dans sa partie supérieure, et les anciennes loges de pics.

Le plus souvent, les arbres choisis sont vivants et feuillus, car ils s’avèrent mieux isolés et ne sécrètent pas de résine.
Les arbres à cavités favorables pour les chiroptères n’ayant le plus souvent qu’une faible valeur marchande, ils est conseillé de ne les abattre qu’en cas de nécessité absolue, pour raison de sécurité principalement. Cependant, pour préserver une cavité tout en réduisant fortement le risque de chute d’un arbre-gîte, il est toujours possible de l’étêter et de l’élaguer.
Pour la protection des chauves-souris, les scientifiques considèrent qu’il faut surtout conserver les arbres-gîtes dans les parcelles forestières (au nombre minimum de 8 à 10 arbres
par hectares), mais aussi dans les alignements (allées, haies, talus boisés, berges de rivières), qui constituent de véritables «couloirs de continuité» entre les parcelles.

Ces quelques conseils pouvant paraître anodins, contribuent pour beaucoup à la préservation du patrimoine biologique forestier, car les chauves-souris constituent, ne l’oublions pas, un excellent indicateur biologique du milieu où elles vivent.

3.3.2 Organisation de réseaux pour la protection

La protection des chiroptères, étant basée essentiellement sur le bénévolat et les efforts de quelques passionnés et scientifiques, ne dispose pas d’une méthodologie précise et efficace.

Les mesures ne peuvent être que préventives et passent nécessairement par l’information du grand public, par la diffusion de messages appuyés par la réglementation ministérielle, et par l’organisation d’animations, d’évènements réguliers portant sur le thème des chauves-souris.
Ces manifestations ont pour objectifs de vulgariser la connaissance du mode de vie des chiroptères, et de les familiariser à l’homme, afin d’encourager leur cohabitation, dans notre environnement.

De nombreuses associations de protections des mammifère dont la plus connue reste la SFEPM (Société Française d’Etude et de Protection des Mammifères), oeuvrent quotidiennement dans ce sens. Cette dernière dispose d’un réseau national des chiroptères, basé au Museum d’Histoire Naturelle de Bourges, qui peut être considéré comme le réseausentinelle du suivi et de la protection de ces mammifères. Composé de spécialistes chiroptérologues, il recense toutes les données récoltés par les différentes antennes régionales composées de naturalistes bénévoles, et les centaines d’informateurs non spécialisés, faisant partie de la population locale, et dont le concours est nécessaire. Ces données permettent donc un inventaire progressif des différents sites, avec un recensement fastidieux des espèces, ainsi
que la mise en place de mesures de protection, adaptées à chaque situation.
Il existe en France 150 naturalistes qui disposent pour leurs activités en rapport avec les chiroptères d’une autorisation de capture par le Ministère de l’Environnement.
Pour obtenir cet agrément vis à vis de ces mammifères protégés, ils s’engagent à des travaux de recherche, qui consiste au travail d’inventaire. Pour ce travail, ils s’appuient sur l’aide d’un réseau de 200 à 250 bénévoles. L’inventaire a lieu en été et se fait essentiellement par repérage acoustique, à l’aide de détecteurs à ultra-sons. On dispose en effet actuellement de références de plus en plus affinées concernant les fréquences d’émission des différentes espèces, ce qui permet de pouvoir les identifier sans les capturer. Grâce à ces nouvelles techniques, on a pu ainsi identifier 3 nouvelles espèces ces 5 dernières années : la pipistrelle Pigmée qui a une fréquence d’émission à 55 kHz et qui était jusqu’alors confondue avec la pipistrelle commune, qui émet à 45 kHz; les 2 autres sont l’Oreillard alpin, et le Murin du Maghreb découvert en Corse.
Le comptage des individus se réalise en hiver, au moment de l’hibernation.
D’autres partenariats, encore assez épars, se mettent en place depuis ces dernières années, avec certaines organisations professionnelles, dont l’ONF, pour laquelle il existe un réseau national «chiroptères», les forestiers s’ouvrant d’avantage aux démarches de préservation de la biodiversité, garante d’un bon équilibre écologique, à laquelle participent fortement les chiroptères, en contrôlant les populations d’insectes ravageurs, comme les papillons défoliateurs. Des stages faunistiques leur sont d’ailleurs proposés dans le cadre de leur formation professionnelle.

La place de la biodiversité en milieu agricole est de plus en plus à l’ordre du jour. Mais les actions de sensibilisation pour la protection des chauves-souris auprès des agriculteurs, sont encore timides, alors qu’elles pourraient très bien trouver leur place lors de la formation initiale, dans les lycées agricoles par exemple.
Il est vrai que les préoccupations des agriculteurs sont davantage concentrées sur les impératifs productifs dont dépend leur survie, et qui sont parfois incompatibles de par l’utilisation de pesticides, avec une politique de sauvegarde des chiroptères.
Mais une prise de conscience serait déjà un grand pas vers cette démarche; elle peut débuter par des moyens simples comme le maintien des haies et des bosquets pour préserver au minimum l’espace vital de ces mammifères.

D’une façon générale, la protection des chiroptères doit passer nécessairement par leur réhabilitation dans l’opinion publique au moyen de campagnes de sensibilisation du public et des professionnels amenés à côtoyer ces mammifères dans leur pratiques professionnelle :
agriculteurs, forestiers, bûcherons, professionnels du bâtiment et des travaux public, entreprises d’espaces verts sans oublier toutefois les amateurs des loisirs cavernicoles, comme les spéléologues.

Les chiroptères sont ainsi menacés de nos jours et il est important de prendre conscience des nuisances que notre monde moderne exerce sur eux afin de les contrôler autant que possible, à défaut de les supprimer.

Certes beaucoup d’autres espèces animales ne sont pas mieux loties, et leur conservation doit aussi passer préalablement par la démonstration de leur «utilité» pour justifier leur maintien dans notre patrimoine naturel. Tant pis pour celles qui ne peuvent prouver une quelconque rentabilité aux yeux des hommes…
Mais il faut cependant garder à l’esprit qu’une espèce est le produit unique et irremplaçable de millions d’années d’évolution et que chacune possède une valeur propre. Sa simple existence devrait suffire à justifier tous les programmes de conservation et de protection.
En ce qui concerne les chauves-souris, il faut se rendre à l’évidence : la conservation des chiroptères est tellement liée aux activités humaines que la majorité de ces mammifères ne survivra que si l’homme le souhaite et s’il se donne les moyens de les protéger.
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MessageSujet: 10   23/1/2010, 18:20

BIBLIOGRAPHIE

1- Arthur L. et Lemaire M., 1999, Les chauves-souris, maîtresse de la nuit, Delachaux et Niestlé.
2- Salvayre H., 1980, Les chauves-souris, Balland.
3- Maywald A. et Pott B., 1989, Les chauves-souris, les connaître , les protéger, Ulisse Editions.
4- Noblet JF, 1985, Les chauves-souris de France, étude et protection, Fédération Rhône- Alpes de protection de la nature.
5- Noblet JF, 1987, Les chauves-souris, Série « Comment vivent-ils », Vol. 18, Atlas Visuels Payot Lausanne.
6- Schober W et Grimmberger E, 1991, Guide des chauves-souris d’Europe, Delachaux et Niestlé
7- Brosset A., Les migrations de la pipistrelle de Nathusius, ses incidences possibles sur la propagation de la rage. Mammalia 1990; 54 : 207-12
8- Fairon J., Le petit rhinolophe, chéiroptère en voie de disparition ?, Les Naturalistes Belges Août 1997.
9- SFEPM-Groupe mammologique Normand, Résumé des communications du IXème colloque national de Mammalogie, Oct 1985 : Les Chiroptères .
10- Harouet M. et Montfort D., La protection des chauves-souris , Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest de la France, tome 17, (3) 1995
11- Ivermectine et Chauves-souris, Bat News, été 1998, N° 50.
12- Fléaux R., Sauvez les chauves-souris, Sciences et Avenir Oct 1995, 62-67.
13- ONF, Dossier Chauves-souris en forêt, Arborescences Mars-Avril 2002, N° 95
14- Rupprecht CE., Hanlon CA., Hemachudha T. Rabies re-examined. Lancet Infect Dis 2002; 2 : 327-43.

RÉSUMÉ

Les chauves-souris sont des mammifères cosmopolites qui représentent le quart des espèces de mammifères dans le monde. Leur survie n’en reste pas moins menacée, notamment par les modifications environnementales induites par l’homme.
Des mesures de protection s’imposent donc afin de préserver ces espèces sauvages. En effet, leur biologie extrêmement perfectionnée et parfaitement adaptée à leur écosystème leur ont depuis toujours attribué un rôle très bénéfique pour la santé végétale, mais reste malgré tout très vulnérable.
Depuis quelques années, les chauves-souris ont fait leur apparition dans le domaine de la santé humaine et de l’épidémiologie. Les progrès en recherche virologique et notamment la biologie moléculaire, ont permis d’identifier de nouvelles souches virales hébergées par ces animaux, notamment au sein du genre des Lyssavirus, responsable de la rage chez les mammifères, et dont l’émergence et l’évolution épidémiologique dans certaines régions du globe, suscite quelques inquiétudes en santé publique.
Un plan d’épidémiosurveillance ainsi que des recommandations de prophylaxie sanitaire se sont donc mis en place dans les pays développés, tout en devant s’articuler avec les mesures de protection nécessaires pour ces mammifères.
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