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 Considérations médicales - Euthanasie

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Kipik
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MessageSujet: Considérations médicales - Euthanasie   17/8/2011, 20:55


• CONSIDERATIONS ETHIQUES LIEES A LA PRISE EN CHARGE DE LA FAUNE SAUVAGE


Le vétérinaire praticien, sollicité à l’occasion par les découvreurs d'animaux en détresse, doit aller au-delà de simples considérations médicales et connaître les informations lui permettant d'évaluer les conséquences de ses actes pour l’individu pris en charge, mais aussi pour les populations sauvages, afin d’agir de la manière la plus appropriée.

1) Considérations concernant l’individu pris en charge

Face à un animal sauvage blessé, la plupart des vétérinaires se trouvent dans une situation inédite dans laquelle ils n'ont pas de compte à rendre à un propriétaire et où la survie de l'animal n'est pas le seul but : la priorité doit être de déterminer la meilleure décision pour l’animal et, parfois, ses éventuels jeunes à charge.

Cela signifie aussi bien la mise en place des premiers gestes d’urgence pour stabiliser l’animal et soulager sa douleur qu’une euthanasie immédiate si l'animal est, à l'évidence, condamné ou précoce (dans les 48 heures) si le cas ne réagit pas favorablement au traitement mis en place.

Plus difficile à accepter pour le praticien, cela signifie aussi pratiquer l'euthanasie s'il acquiert la conviction que l'animal, ayant toutes chances de guérir de ses blessures, demeurera infirme, donc non relâchable. Le taux d'animaux relâchés en nature par les centres de sauvegarde est un chiffre à avoir en mémoire : un peu plus de 40 % seulement (données CEDAF, 2008)

A l’échelle de l’individu, différents paramètres sont à prendre en compte avant d’opter pour l’une ou l’autre solution. Leur importance hiérarchique varie selon les auteurs, elles sont ici présentées sans ordre de priorité puisque toutes ont leur importance.

a) Considérations médicales

Les animaux sauvages sont soumis à une pression de sélection très forte : les animaux faibles et malades sont très vulnérables et rapidement éliminés dans la nature.

Beaucoup d’entre eux ne montrent aucun signe de faiblesse avant un état avancé de maladie ou de blessure. Il faut garder à l’esprit qu'à l’exception des juvéniles ramassés ou, par exemple, d’animaux pris au piège (piscine vidée, hangar, etc.), un animal sauvage qui a pu être capturé est le plus souvent très amoindri. Dans les cas les plus avancés (animal moribond, cachexie extrême), une euthanasie d’urgence est sans doute la meilleure option éthique ; celle-ci fait l’unanimité auprès des personnes investies de longue date dans les soins à la faune sauvage, en dépit de la difficulté à la faire admettre parfois par le grand public (Kirkwood et Best, 1998 ; Hall, 2005 ; Cooper et Cooper, 2006 ; Molony et al. 2007).

La plupart des recommandations sur la conduite à tenir lors du « tri » se basent sur les chances de survie après le relâcher, c'est-à-dire sur les chances de récupération totale après soins et phase de réhabilitation avant départ.

Une étude réalisée par Molony et al. (2007) a cherché à identifier les facteurs prédictifs de mortalité en soins afin d’abréger les souffrances inutiles. Celle-ci a porté sur 7 espèces communes en Grande-Bretagne : le Renard roux (Vulpes vulpes), le Blaireau (Meles meles), le Merle noir (Turdus merula), l’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), la Chouette hulotte (Strix aluco), le Moineau domestique (Passer domesticus), et le genre Pipistrellus, très majoritairement représenté par la Pipistrelle (Pipistrellus pipistrellus). Ces animaux ont été accueillis entre 2000 et 2004 dans 4 centres de soins en Grande-Bretagne. Pour limiter les biais, les animaux morts ou euthanasiés dans les 48 premières heures, délai normal pour prendre une décision d’euthanasie lorsqu’un doute subsiste sur les chances de récupération d’un animal gravement atteint, ont été retirés de leur étude. Les auteurs montrent que les animaux ont passé souvent plus de 2 semaines avant de mourir ou d’être euthanasiés ; autrement dit, on peut considérer que ceux-ci ont connu une longue agonie inutile. Il apparaît que le poids à l’entrée, l’âge, le sexe, l’heure et la saison de découverte ne sont pas de bons éléments prédictifs sur les chances de survie, contrairement a ce qui est classiquement admis dans la littérature ; notamment, il est souvent rapporté une relation favorable entre les chances de réhabilitation et l’âge ou le poids. En revanche, le type et la sévérité des lésions représentent les éléments prédictifs clés pour la prédiction de survie de l'animal en soins.

Ainsi, l'étude de Molony et al. propose une approche globale dans laquelle l'individu n'est qu'un élément appartenant à une population, ce qui relativise le "prix" de sa vie. Cette position qui se veut avant tout réaliste est celle que l'UFCS affiche dans sa charte (annexe 1). Elle s'oppose à une approche individuelle comme l’éthique de certains centres le recommande, dans laquelle la vie de tout individu "n'a pas de prix" (Stocker, 2005).

En somme, il est ici question du seuil au-delà duquel la probabilité de survie est considérée comme trop faible pour tenter de soigner l’individu. Un tel raisonnement peut paraître choquant de prime abord. Cependant, quand on sait que la plupart des centres sont surchargés et disposent de moyens limités, cela permet de mieux orienter le tri des animaux et donc de laisser plus de temps et de matériel, donc de chance, à ceux qui, moins atteints, sont les plus susceptibles d’en bénéficier. En outre, la souffrance ressentie pendant une longue agonie apparaît, pour la plupart des praticiens exerçant en centre, plus choquante qu’une euthanasie rapide et réalisée avec des produits appropriés. C'est pour cette raison que nous considérons qu'il est acceptable d'associer les termes "bien-être" et "euthanasie".

Ainsi, apparaît une proposition de critère de tri simple et réaliste pour les centres de soins et les vétérinaires praticiens sollicités : pour chaque catégorie de blessure ou de maladie, la décision d’envisager l’euthanasie comme la meilleure solution pour le bien-être d'un animal doit être basée sur la proportion d’animaux qui ne tirent aucun bénéfice du traitement et de la durée de captivité avant de mourir, que ce soit de mort naturelle ou par euthanasie.

Si, par exemple, une probabilité inférieure à 10 % de chances de survie en soins est prise comme référence, les résultats de l'étude de Molony et al. (2007) suggèrent qu'il vaut mieux pratiquer d’emblée une euthanasie en cas de :

- fractures, déchirures et/ou blessures des tissus profonds chez les chauves-souris et les petits passereaux,

- fracture pelvienne et/ou dommages oculaires sévères chez tous les mammifères,

- dommage oculaire associé à une fracture et/ou une blessure profonde des tissus chez les rapaces.

Notre expérience au CEDAF de l'Ecole d'Alfort nous permet de souscrire tout-à-fait à une telle proposition.

Bien sûr, il s’agit de recommandations générales. Cela ne dispense pas d'un examen approfondi au cas par cas, notamment en prenant en compte des connaissances sur les caractéristiques de chaque espèce.

Par exemple, même sans dommage oculaire, l’euthanasie est souvent inévitable pour une fracture alaire chez les rapaces qui ont une exigence de vol élevée (Faucon hobereau, Epervier d'Europe). Inversement, une fracture pelvienne peut justifier des soins chez un mammifère mâle qui ne connaîtra pas, comme ce serait le cas pour une femelle, les risques liés à la reproduction.

Enfin, il est essentiel de noter que ces recommandations ne concernent que la survie en soins et ne préjugent pas des chances de succès dans le relâcher des animaux rétablis.

b) Considérations éthiques se rapportant au bien-être animal


Si les progrès de la médecine vétérinaire permettent de soigner de plus en plus d’animaux, les conséquences à moyen et long terme, c'est-à-dire après le relâcher, demeurent actuellement une zone d’ombre. Il est primordial que le vétérinaire praticien comprenne la différence entre pouvoir traiter un animal et lui assurer un maximum de chances d’être relâché dans de bonnes conditions (Hall, 2005).

Pour bien appréhender ce que cette notion implique, les animaux dont le relâcher peut être envisagé doivent déjà répondre aux pré-requis minimaux suivants :

- avoir récupéré une condition physique optimale et être capable de se déplacer parfaitement dans un environnement complexe,

- être capable de se sustenter seul en exploitant les ressources du milieu,

- reconnaître et éviter ses prédateurs mais aussi l’homme,

- interagir « normalement » avec les individus de son espèce,

- ne pas être vecteur de maladies acquises lors de sa captivité et susceptibles d’être transmises à la population sauvage.

Un animal soigné et relâché est trop facilement considéré comme un succès, bien qu’il puisse s’agir d’une condamnation à mort à plus ou moins court terme. Ceci est à considérer en premier lieu en fonction de l'espèce de l'animal.

Pour information, relâcher un animal dont les chances de survie sont faibles est illégal au Royaume-Uni (Kirkwood et Best, 1998) ; dans la législation britannique, un tel cas de figure tombe sous l’acte relatif à l’abandon des animaux (Abandonment of Animals Act, 1960) et est sanctionné. Dans d’autres pays, il existe des listes de lésions graves chez les oiseaux pour lesquelles la réalisation de l’acte d’euthanasie est obligatoire : perte d’un membre quel qu’il soit, perte d’un œil ou de la vue, perte de la serre du pouce, perte permanente d’une partie du bec quelle que soit la localisation précise, perte de rémiges primaires ou des rectrices (grandes plumes des ailes et de queue) chez les faucons. Certains animaux peuvent éventuellement faire l’objet d’une dérogation pour une vie en captivité (les relâchers sont évidemment interdits dans ces cas) s’ils rentrent dans des programmes de reproduction ou d’éducation du public.

Sur ce sujet, tout particulièrement, il ne faut pas céder à l’anthropomorphisme : nombreux sont les auteurs qui s’accordent sur le fait que la plupart des animaux anciennement sauvages souffrent de la captivité. C'est pourquoi l'un des articles fondamentaux de la Charte de l'UFCS préconise l’euthanasie des animaux ne pouvant être relâchés, en parfaite cohérence d'ailleurs avec la réglementation française. Le fait que des animaux anciennement sauvages s’alimentent ou se reproduisent en captivité ne signifie pas forcément qu’ils sont en état de bien-être.

Quelques cas d'animaux recueillis ayant survécu à un handicap dans la nature peuvent laisser penser qu'il n'est pas indispensable qu'un animal ait recouvré la totalité de ses moyens pour bénéficier d'un relâcher. Cet argument, utilisé par certains pour justifier une pratique de relâcher en définitive peu responsable, doit être combattu par les considérations suivantes : si l’animal a pu être capturé, c’est qu’il était faible et que, vraisemblablement, il ne compensait pas suffisamment son handicap.

Ainsi, il est de la responsabilité du vétérinaire que l’animal soit traité et relâché de manière réfléchie, et non condamné à mourir lentement de faim, de froid, voire à tomber entre les mains irresponsables d’un promeneur bien intentionné qui voudra en faire un animal de compagnie et qu’il gardera dans des conditions totalement inadéquates pour l’espèce, prolongeant l’agonie (Hall, 2005).

A la suite de cette réflexion, il apparaît que contrairement à ce que pense volontiers le grand public, l’euthanasie est l’acte le moins égoïste qui soit (Cooper et Cooper, 2006), s'il est motivé par le bien-être de l’animal (Kirkwood et Best, 1998 ; Hall, 2005 ; Monoly et al. 2007) et non par la facilité (se débarrasser d'un animal encombrant… et sans propriétaire). L'une des meilleures illustrations qui soit est celle fournie par le cas des renardeaux. Il est en effet beaucoup plus dur de mettre fin à la vie d’un renardeau en bonne santé et terriblement attendrissant que de se laisser tenter à l'élever pour le relâcher ensuite, encore adolescent, le condamnant ainsi à une mort très probable, sûrement longue et douloureuse, sans se poser de cas de conscience (Hall, 2005). Bien sûr, les opposants à l’euthanasie rétorqueront que, dans cet exemple, quelques individus ont réussi à survivre et à se reproduire. Outre que les cas irréfutables sont rares, n’est-il pas contradictoire pour des gens qui déclarent agir dans l’intérêt de l’animal de condamner sciemment l’écrasante majorité de ces jeunes renards à une mort précoce certaine dans l’espoir qu’un survive ? Au demeurant, rassurons-nous, l’euthanasie n’est pas toujours la seule solution : le fait de remettre dans la nuit ces jeunes renards, après une fluidothérapie de soutien si nécessaire, à l’endroit exact de la découverte conduirait à une issue heureuse pour eux dans plus de 95 % des cas (Robertson et Harris, 1995). Même si ce chiffre nous paraît optimiste, dans un tel cas de figure, le retour du jeune auprès de sa mère est sans doute fréquent.

En conclusion, si les chances de relâcher et de survie paraissent douteuses, si les structures disponibles pour l’accueil temporaire de l’espèce ne sont pas adaptées, si les soins postopératoires et la rééducation ne peuvent être effectués dans de bonnes conditions, mieux vaut pratiquer rapidement l'euthanasie de l’animal. Cet acte est dicté par son intérêt et évite de le faire souffrir, dans un premier temps, de sa captivité en centre, puis d’une mort lente et peu enviable soit consécutive à la sévérité des lésions, soit due à un relâcher d’emblée compromis par l’état de l’animal.

Dans ce contexte, le vétérinaire praticien, peu habitué aux animaux sauvages et ne sachant pas forcément évaluer leurs chances, doit être encouragé à demander conseil aux vétérinaires spécialistes en faune sauvage, au personnel des centres de sauvegarde, voire à l’ONFCS pour les espèces gibiers. Cependant, rappelons qu’en cas de désaccord sur une décision d'ordre médical, la loi française mentionne que c’est la voix du vétérinaire qui prime, même sur celle d’un chef de centre (donc détenteur d’un certificat de capacité de détention de la faune sauvage) si celui-ci n’est pas un confrère.


.2009.

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.7 Milliards de perpendiculaires et 264 espèces de singes.
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
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